La Jungle ( de Calais ) en 7 questions par Sebastien Anquez - ABIA MAG - Fanzine papier et digital. Actualité locale et internationale en matière de Street-Culture, Motors, Sport & Entertainement.
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La Jungle ( de Calais ) en 7 questions par Sebastien Anquez

Son travail est magnifique, mais il flirte avec les codes de la bien-pensance.
Sebastien se ballade dans la  » Jungle « .  Il ne cherche ni jaguars ni orchidées, sa jungle c’est celle de Calais.

Un quotidien partagé entre bonheur et détresse, entre drames et colères.
Peu sont ceux qui ont osés s’aventurer dans cet endroit, et encore moins un appareil photo à la main.

Les seules images qui nous parviennent proviennent la plupart du temps des réseaux journalistiques largement orientés des grands médias.
Ses images à lui ne portent ni jugement, ni promotion. Elle reflètent juste une réalité au travers de son oeil.
Abia rentre dans le sujet, Sebastien fait le guide !

La première question est la plus basique, mais également, la plus logique. Qu’est-ce qui t’a amené à choisir ce sujet ?
Cela fait presque 20 ans que nous connaissons les migrants sur le littoral Dunkerquois et Calaisien. Avant l’arrivée des Syriens, Afghans, Soudanais ou Erythréens, c’était les Kurdes et les Kosovars qui avaient fui leur pays durant le conflit des années 90. J’ai toujours été captivé et fasciné par ces personnes qui, dans l’espoir d’un eldorado britannique s’engagent dans un périple de plus de 5000 km, n’hésitant pas à tout quitter : terre natale, famille, amis… Il font depuis toutes ces années, partie de notre paysage quotidien, ombres sur l’autoroute, marchant à la file indienne, se rendant d’une cache à l’autre. A la création de la « Jungle actuelle en avril 2015, j’ai de suite été curieux et subjugué par cette rapide capacité d’adaptation. Ils se sont créés, en l’espace de 3 mois et sans la moindre concertation architecturale ni urbaniste une vraie ville dans la ville avec ses commerces, cafés, restaurants, hammams, écoles, lieux de cultes….. La « jungle » était réellement née et devenue, comme j’aime à le dire « un joyeux bordel organisé ».

Comment s’est passé l’accueil des premières sessions ?

Avant l’actuelle « Jungle » de  Calais, les migrants étaient dispersés dans les divers squats de la ville ce qui rendait difficile leur approche, la méfiance était de mise, à moins d’être membre d’une asso humanitaire (msf, mdm…) ou faire partie de groupuscule type « no border ». Mon esprit de curiosité m’a  amené à  me  rapprocher du collectif « Art in the jungle » créé par Corine Pagny. Fin août elle m’a fait visiter le camp, là j’ai pu découvrir l’ambiance chaleureuse et bon enfant qu’il y régnait. Tout le monde se disait bonjour, échangeait, discutait, de choses et d’autres dans un anglais  plus ou moins approximatif. La vue d’un appareil photo les rendait méfiants, mais au fur et à mesure des visites,  la crainte et la suspicion s’est dissipée. Depuis nous partageons le thé, les repas, une confiance mutuelle s’est installée.

Avec l’image que l’on à ici, on peut se demander si tu ne t’es jamais senti menacé avec ton matériel ?

Pas plus que dans le métro parisien. J’y passe en moyenne une fois par semaine, principalement en journée et je n’ai jamais ressenti de sentiment d’insécurité. Il est néanmoins certain que l’appareil se trouve toujours autour du cou et le GSM dans la poche intérieure de la veste.

J’ai toujours eu un peu de peine avec la  » sublimation de la misère  » , genre  « photographier des enfants dans les détritus aux 4 coins du monde  » comment tu te situes avec cela ?

C’est tout à fait la réflexion que je me suis faite la première fois que j’ai visité le camp, appareil photo en bandoulière. Mais cette fois ci les quatre coins du monde se trouvent à 10 km de chez moi, en France, en Europe. Ca fait drôle de voir toutes ces tentes de médecin sans frontière que l’on aperçoit habituellement dans le désert africain.  Il m’a fallu plusieurs jours pour me remettre de la misère et de l’abandon de ces personnes. Les premiers mois, je me suis toujours refusé de photographier les nombreux gamins que je croisais (d’autant que j’ai une fille de 4 ans). Mon travail consistait surtout à photographier les instants de vie et le visage changeant de cette « jungle » qui d’une semaine à l’autre évoluait.
J’ai depuis, beaucoup le photos de visages, réalisées dans des sphères privées, à leur demande…Ils sont connectés sur FB et ces photos leur permettent de garder le lien avec leurs proches (ceux qui ont quitté Calais pour l’Angleterre ou l’Allemagne…).
Je leur amène également les formats (ou tirages) papiers surtout les photos de groupe entre potes.

Est-ce que finalement, ce n’est pas mentir de rendre beau quelque chose d’atroce ?

J’ai appris beaucoup durant ces derniers mois sur la condition humaine. Nous ne sommes malheureusement pas tous nés sous une bonne étoile, quelle est la réelle notion du propre, du sale, du beau, du dégout, du bon, du mauvais et qu’est-ce que l’atroce pour eux, pour nous ? Certes la « Jungle » n’est pas belle, mais si je peux à mon niveau,  œuvrer à la rendre plus belle avec les photos, montrer la réalité avec un joli cadrage, ou bonne exposition… je ne pense pas qu’il s’agit là d’un mensonge

Avec l’actualité, ton travail prend encore plus d’importance, est-ce que ton témoignage te semble important ?

Oui, car j’essaie de toujours  offrir une image objective du camp. Le sujet de la migration divise ici pas mal de monde. J’ai élargi mon panel de connaissance et d’amis parmi les migrants, bénévoles et autres photographes. Mais néanmoins, depuis que je fréquente « la Jungle », je me suis également fait des ennemis avec la forte montée de l’extrême droite ou simplement par une peur et méconnaissance des ses hommes et de ses femmes. Malheureusement certaines personnes pensent que faire du photo-reportage dans le jungle c’est côtoyé des terroristes en puissance.

Le démantèlement à commencé, tu fais partie des gens avec un avis neutre ayant partagé la vraie vie de cet endroit, avec les bons et mauvais côté, quel est ton sentiment aujourd’hui ?

Il est certain que « la Jungle » ne pouvait plus évoluer de la sorte avec son économie parallèle (restaurants, commerces….), même si cela permet d’offrir à manger sans passer par la distribution alimentaire. J’éprouve de la tristesse et du dégoût de la façon dont le problème a été abordé. A Calais les autorités font preuve de fermeté et d’autorité comparé à Grande-Synthe (situé à 20 km de là) où la municipalité avec le soutien de MSF a pris le problème à bras le corps en offrant un espace de survie un peu plus décent. Il y avait sur la zone démantelée, un véritable laboratoire de vie, d’entraide et de partage où se côtoyaient de nombreuses communautés. Depuis, tous ces lieux, hormis l’école, l’église et la mosquée ont été détruits où partis en fumée, malgré l’important investissement financier, les dons et l’énergie engagés. On a commencé tristement à dire au revoir à tous ceux que l’on a fréquenté ces derniers mois, ceux qui ont accepté un placement en Centre d’Accueil des Demandeurs d’Asile aux quatre coins de France et on programme des échanges via FB. Pour d’autres la vie continue et de nombreux abris, restaurants et commerces sont démontées pour être reconstruits plus au nord dans une zone non prévu au démantèlement. Ils ont passé leur vie a bouger, c’est pas quelques bulldozers qui les arrêtera de vivre et d’espérer.

Vraiment, Merci pour ce témoignage ! Voici quelques photos pour accompagner les lettres.

Pour la suite, c’est sur son site que vous la trouverez ! Cliquez ici !

 

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Jim
jim@pulp68.com